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Tu seras un homme mon fils ...

Joseph Rudyard Kipling naît le 30 décembre 1865 à Bombay, fils d’Alice Kipling, née MacDonald, et de John Lockwood Kipling, sculpteur et professeur à la Jejeebhoy School of Art and Industry de Bombay ; ses parents venaient à peine d’arriver en Inde, et s’étaient rencontrés en Angleterre, dans le Staffordshire, près du lac Rudyard - dont ils donnèrent le nom à leur fils. D’après Bernice M. Murphy, « les parents de Kipling se considéraient comme des « Anglo-Indiens », et leur fils devait faire de même, bien qu’il ait passé la plus grande partie de sa vie hors d’Inde. Cela explique pourquoi des problèmes complexes d’identité et d’allégeance nationale marquent ses œuvres de fiction. »

Ces journées de « ténèbres et de lumière crue » passées à Bombay prirent fin lorsque Kipling eut six ans. Comme le voulait la tradition chez les anglo-indiens, Rudyard et sa jeune sœur Trix de trois ans prirent le bateau pour l’Angleterre, en l’occurrence pour se rendre à Southsea, Portsmouth, dans une famille d’accueil qui prenait en pension des enfants britanniques dont les parents résidaient en Inde. Les deux enfants grandirent sous la tutelle du capitaine Holloway et de son épouse, à Lorne Lodge, pendant les six années qui suivirent. Dans son autobiographie, publiée plus de soixante ans plus tard, Kipling évoque cette période avec horreur en se demandant non sans ironie si le mélange de cruauté et d’abandon qu’il subit auprès de Mme Holloway n’aurait pas précipité l’éclosion de ses talents littéraires.

« Si vous faites subir un interrogatoire à un enfant de sept ou huit ans sur ses activités de la journée (surtout lorsqu’il tombe de sommeil), il se contredira d’une façon tout à fait satisfaisante. Si chaque contradiction est épinglée comme mensonge et rapportée au petit déjeuner, la vie n’est pas facile. J’ai dû subir pas mal de brimades, mais il s’agissait là de torture délibérée, appliquée religieusement et scientifiquement. Par contre cela m’obligea à faire très attention aux mensonges que je dus bientôt concocter et je suppose qu’il s’agit d’une bonne base pour une carrière littéraire. »

Ses oeuvres :

Kipling est considéré comme l’un des plus grands romanciers et nouvellistes anglais. Ses poèmes, moins connus, se distinguent surtout par sa maîtrise des vers rimés et l’usage de l’argot du simple soldat britannique. Ses œuvres reprennent trois thèmes principaux : le patriotisme fervent, le devoir des Anglais vis-à-vis de leur pays et la destinée impérialiste de l’Angleterre. Son impérialisme forcené fut par la suite nuisible à sa réputation d’écrivain ! ; en fait, son colonialisme idéaliste était bien loin de la réalité de la colonisation telle que la menaient les Anglais, et il en avait tout à fait conscience.

Parmi les plus célèbres œuvres de fiction de Kipling, il faut retenir Multiples Inventions (1893), mais surtout le Livre de la jungle (1894) et le Second Livre de la jungle (1895) : ces recueils de contes animaliers et anthropomorphiques, considérés comme ses plus grandes œuvres, mettent en scène le personnage de Mowgli, « petit d’homme ! » qui grandit dans la jungle mais choisit finalement de rejoindre le monde des humains. Ces livres furent suivis des Histoires comme ça pour les enfants (1902) et de Puck, lutin de la colline (1906), suivis du Retour de Puck (1910), qui évoquent avec nostalgie les paradis enfantins.Il y a un lien certain et évident entre Mowgli et Peter Pan ...

En marge de cette littérature pour enfants, il écrivit encore des romans et des récits comme Capitaines courageux (1897), un récit maritime, et Kim (1901), un magnifique conte picaresque sur la vie en Inde, considéré comme l’un de ses meilleurs romans.

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la suite ici : Rudyard Kipling, Franc-maçon

Mowgli et la face cachée de R. Kipling.

Dossier exclusif PrismesHebdo avec des lettres sur le jeune Kipling.

L’histoire de deux destins exceptionnels à l’origine d’un mouvement mondial : le scoutisme vécu comme une école initiatique pour les plus jeunes. A l’origine de cette idée, deux hommes, Kipling et Baden-Powell (également surnommé Lord bathing-towell ou Lord de la serviette éponge !)...

Orphelin de père, ayant connu une enfance assez rude et des débuts plutôt difficiles comme officier subalterne en Inde, ce jeune homme plein de talents et à l’humour facétieux est devenu ensuite un véritable mythe lorsque, jeune colonel de l’armée britannique, il organisa avec succès la résistance de la ville de Mafeking (Afrique du Sud) pendant la guerre des Boers (1899-1902) ; cet épisode lui donna l’occasion de mettre en pratique ses théories sur la création de jeunes éclaireurs militaires chargés notamment de missions d’observation et de transmission (les fameux scouts dans l’acception originale de ce terme). Général en pré-retraite à 50 ans, Baden Powell consacrera le reste de sa longue existence (il se retirera du scoutisme à l’âge de 80 ans) à la création et à la direction du mouvement scout, ceci à travers l’élaboration d’une pédagogie nouvelle adaptée aux différentes classes d’âges de la jeunesse, expliquée dans un grand nombre de livres (une soixantaine) et présentée lors de très nombreux voyages à travers le monde.

C’est à la lecture du Livre de la jungle que Baden-Powell eut l’idée de susciter auprès de splus jeunes une formation de type para-miltaire mais avec un contenu initiatico-symbolique (A l’école de la vie, titre de son autobiographie). De la naquirent les idées à la fois simples et géniales qu’il mit en pratique lors de la création de son mouvement. Il faut également en comprendre le contexte à la fois historique, idéologique et social, et les influences qui marquèrent le fondateur : très proche de sa mère, amie de John Ruskin et influencée par les idées des christian-socialists, Baden Powell fut un grand admirateur de Jules Verne, de Conan Doyle (Sherlock Holmes) et de Rudyard Kipling dont il utilisa ensuite les romans (Kim et le très célèbre Livre de la jungle) ; il manifesta très tôt son intérêt pour les défis rencontrés par la jeunesse de son temps à une période marquée par des expériences pédagogiques nouvelles. Ainsi, Baden Powell puise dans Le Livre de la Jungle les thèmes majeurs du scoutisme : la vie de camp en plein air, ou l’art de suivre une piste. Beaucoup l’ignorent, ce mouvement qui rassemble des millions de jeunes gens a été fondé par un homme qui aimait également les garçons et avait une conception très spéciale de la fraternité. Il n’a jamais eu d’aventures féminines, même s’il s’est marié sur le tard pour faire taire les rumeurs qui circulaient sur son compte.

Dans notre prochain dossier nous montreront la trame à la fois intime et secrète qui unit ces deux destins formés dans le creuset des Indes britanniques. Nous comprendrons aussi comment la plupart des valeurs maçonniques furent ainsi transposées dans le scoutisme ce qui ouvre d’ailleurs le débat resté pendant d’une formation pour les plus jeunes désireux d’une démarche initiatique. JK

à venir prochainement Mowgli et l’apprentissage initiatique : du Totem à la pierre cubique ...

     

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